Les textes de Michel Bailleux (atelier CVA)

Publié le 1 Décembre 2012

FLOU MAXIMUM

Enivré, perdu en bois obscurs, je divague, tangue, perd l’équilibre et la raison. Dans le brouillard, je me dirige vers une lueur.

Elle émane d’une cabane. Je pousse la porte entrebâillée.

Des gens dorment à même le sol. Fatigué, je me couche à côté d’eux.

Je suis sur le point de m’endormir quand j’ai la désagréable sensation que mes vêtements s’imprègnent d’un liquide poisseux. Je hume mon manteau mais ne sens rien de particulier. Je trempe alors mon doigt dans le jus visqueux. Enfer et damnation, c’est du sang !

Je saisis la lampe tempête et découvre cinq cadavres. Cette horrible découverte me fait vomir. Je suis dégrisé.

Qu’est-il arrivé ? Pourquoi cette culpabilité en moi ? Il me faut parcourir le labyrinthe du désarroi dans lequel l’ivresse m’a plongé. Trouverai-je le fil qui me sauvera ?

On a commis un crime infâme. Le on peut être je. L’ivresse m’a conduit à l’absurde. Il faut que je mène l’enquête, que je démêle l’écheveau, que je sorte de mon embrouille. Ma tête est encombrée de silences neigeux qu’il est nécessaire de dissiper.

Je ne me crois pas capable d’une telle violence. Cependant, les quantités démesurées d’alcool que j’ai ingurgitées, mêlées à un cocktail de sentiments explosifs, m’ont peut-être conduit au pire. Ce doute m’épouvante.

Dans quel océan de folie ai-je glissé ? Ai-je été manipulé ? Me voilà condamné au labyrinthe éreintant et étreignant des questions sans réponses, des pensées ressurgies après un coma affreux. Egaré et humilié, j’étouffe. Quelle dangereuse sibylle ai-je rencontré ? Dans quel enfer m’a-t-elle précipité ? Je crois deviner son regard cruel de Pitie, de serpent aux courbes froides.

Morfondu dans l’inconnu, comment me jouer de la mort ? Comment désormais vivre une vie de pièges détachée ?

Sur la table, je perçois un revolver. Je le prends, tourne le canon vers moi et tire.

Extrait du journal intime de la victime : « L‘alcool m’emmène au septième ciel. »

Michel Bailleux, 20/10/2012, atelier CVA

LE DEMI

Le type, la barbe aussi cotonneuse que son regard vaporisé d’alcool, est hanté de boissons. Vieux briscard, il a visité maintes tavernes dans le monde. Fourbe et mégalomane, il ne connaît pas de trêves de comptoir. Même la nuit, il rêve de comptoirs. Pas question de grèves de comptoir. Selon lui, l’existence est une longue drève de comptoir où fleurissent les brèves et les verres qui dansent sur les zincs du matin au soir et du soir au matin. A la tombée de la nuit, il tangue comme un esquif en pleine tempête.

Un jour, il se retrouve face à un comptoir de prêt dans une bibliothèque. Il s’adresse à la préposée et lui commande un demi. La dame répond qu’elle ne propose que des livres entiers.

A proximité, de jeunes lecteurs, perdus dans la marée des livres, dressent les bras en signe de désespoir. Le vieux briscard leur demande une chopine. Personne n’en a. Un dealer lui propose un rail de coke que l’alcolo sniffe d’un trait. S’ensuit une cokaphonie d’enfer. Le bonhomme tourne sur lui-même en dégoisant une ivrognerie de mots aussi poétiques qu’un cornet de frites. Il parle d’anges déglingués et de ciel noir et de Bart enveloppé dans les filets d’Anvers. Chaque phrase est ponctuée d’un rot qui colle à son vocabulaire porcin. Soudain, le type trébuche et s’affale au pied de l’étagère des dictionnaires. Le gros Petit Robert s’écrase sur son crâne puis sur le sol et s’ouvre. L’ivresse est le premier mot de la page. L’homme peine à reprendre ses esprits. L’heure est venue de poser sa folie et de compter les verres bus et les dégâts. En bibliothèque, le verre s’est fait cher.

Michel Bailleux, le 10/11/2012, atelier CVA

LAMBERMONT EBERLUE

Neige, arbres, murs.

Touches blanches, noires.

Piano hivernal.

Fumées blanches,

Eglises désertes

Pourtant.

Dehors, la crèche,

Flanquée de sapins :

Personnages-billots.

Une étoile brille ;

Petit paradis ;

Les enfants rient.

Balançoire illuminée,

Portique enluminé,

Joie de vivre.

Œil- de-bœuf :

Espionnage

Du blanc neuf.

Wou-Hou !

Froufroute

Le houx.

Queue de chien

Dépassant le tas :

C’est Attila.

Descente

Lente. Pente

Glissante.

Prairies en feu

D’artifices :

Traces de glisse.

atelier du 8 décembre avec Alain Dantinne

Rédigé par Ateliers d'écriture - Enivrez-vous!

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